Livre : Manuel d’autodéfense intellectuelle en pdf

Avant-propos<< Non mais vous gobez vraiment n’importe quoi ! >>

Nous étions en 2010, et je m’adressais, indignée et consternée, à ma classe de terminale. Au début de cette année scolaire, j’étais pleine de bonnes intentions. D’ailleurs, quand j’avais élaboré ma progression pédagogique (les thèmes à traiter en cours en fonction du programme), j’avais eu l’impression d’avoir une idée géniale. Il existe un journal gratuit américain appelé The Onion, qui a maintenant son équivalent en France, ou du moins une version approchante Le Gorafi.

On trouve dans ces journaux des articles construits exactement sur le même modèle que de vrais articles de presse, sauf que tout y est faux, et que les sujets confinent à l’absurde. Ce décalage m’intéressait énormément.Pour l’année scolaire 2010-2011, j’avais décidé de parler de politique américaine, en prévision des primaires puis des élections présidentielles de 2012. J’avais pensé aussi, pour chacun des thèmes étudiés, inclure un article de The Onion, mais sans dire aux élèves d’où il provenait, et en l’abordant très sérieusement.

Je les avais toutefois prévenus au début de l’année qu’un faux texte allait se glisser dans chaque partie du cours, à charge pour eux de le trouver, un peu comme un jeu. L’idée était à la fois de les amuser et de les obliger à garder les yeux ouverts, à ne pas prendre pour argent comptant tout ce qu’on pouvait leur raconter. C’était une expérience. L’échec fut cuisant. On entend souvent les pessimistes dire que, de nos jours, la parole du professeur est contestée, discréditée, constamment mise en doute, comme l’autorité. On peut le déplorer. Il y a du vrai là-dedans.

Ce qu’on pourrait prendre pour de l’esprit critique existe certes en classe, mais souvent il s’agit plutôt d’un rejet en bloc. Ce n’est pourtant pas cette réaction que j’ai rencontrée lors de mon expérience.

Manuel d’autodéfense intellectuelle
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