Livre : Le Monde en 2040 vu par la CIA en epub

Préface

Le fracas du monde qui vientLa pandémie qui a pétrifié la planète en 2020 rend sévèrement myope. Au sens figuré. Se projeter, faire des plans, pour soi ou son pays, voir au-delà du mois à venir : tout cela tient dorénavant d’une entreprise téméraire, risquée comme une acrobatie sur un câble au-dessus du vide.Le Covid-19 a brisé et emporté des vies, réintroduit la peur dans notre quotidien, modifié nos comportements élémentaires et notre rapport à autrui, paralysé nos économies, interrompu la circulation des individus. Ses répliques sismiques ne sont pas encore toutes perceptibles. Soudain, nous avons mué en experts de comptoir des taux de reproduction, des stratégies d’endiguement du variant X ou de son cousin Y.

Les chiffres des admissions aux urgences composent notre nouvelle météo. Plein soleil. Grisaille. Nuages menaçants. Tempête. Désorientés, nous pourfendons la lenteur de nos gouvernants. Nous avons des valises de bon sens à partager, sans réellement connaître la solidité de notre embarcation. On craint pour les siens et on se compare aux autres.Au printemps 2020, deux mois à peine après la transformation d’un virus local en crise mondiale, diplomates chevronnés et économistes soucieux mobilisaient déjà leurs compétences pour évoquer le « monde d’après ». L’exercice intellectuel avait quelque chose de rassurant, il rappelait un temps où la boussole indiquait le nord.

Une fois évacuées les prudences d’usage, les experts dessinaient les ruptures à venir, ainsi que les victimes et les bénéficiaires : dans le monde du travail et du savoir, dansl’environnement ou les rapports entre États. « Rien ne sera plus jamais comme avant dans… » est devenu la formule péremptoire en vogue, rejoignant toutes les fausses évidences conceptuelles qui ont régulièrement pollué le débat public des dernières décennies. Comme la « mondialisation heureuse », la « théorie du ruissellement », ou encore la « fin du fait religieux ».On publia des rapports, les ordinateurs chauffaient. Mais la vérité oblige à dire qu’on réfléchit mal sur une mer déchaînée, tandis que l’équipage tente d’écoper. Penser le monde d’après nécessite, forcément, de dater la fin du monde d’avant. Or on ne sait quand le Covid cessera de prendre nos vies en otage. Mais, par son impact multiforme, le virus assure la promotion d’une vertu éternelle : l’humilité.

Le Monde en 2040 vu par la CIA
Prev1 sur 2