Livre : Le théorème d’hypocrite. Une histoire de la manipulation par les chiffres en epub

Introduction :

Le côté obscur de la forceNon, les fake news ne sont pas l’apanage de notre époque ! L’ère de post-vérité qui caractérise, dit-on, le XXIe siècle remonte sans doute au paléolithique, dès l’apparition du langage. En termes de mensonge politique, nihil novi sub sole, rien de neuf sous le soleil, dirait l’auteur latin Quintus Tullius Cicero (frère cadet du célèbre orateur Cicéron) s’il revenait parmi nous, lui dont les ouvrages incitaient ceux qui briguaient le pouvoir à dissimuler la vérité pour parvenir à leurs fins

1. Près de deux millénaires plus tard, à la suite du Prince de Machiavel qui entendait séparer la politique de la morale, un petit livre attribué à Jonathan Swift paraissait sous le titre L’Art du mensonge politique.

Il dressait la liste desdifférents moyens de tromper le peuple, comme le mensonge de calomnie, le mensonge de promesse, suivis de celui d’épouvante ou encore d’encouragement. Cependant, parmi ces outils mis à disposition des gouvernants, l’auteur ne mentionnait pas le plus subtil et le plus pernicieux des mensonges, le plus persuasif aussi : le mensonge mathématique ! À cette époque pourtant, les têtes couronnées manipulaient déjà allègrement les nombres pour abuser le peuple. Dans cette entreprise, le pouvoir a pu compter sur l’appui de grands mathématiciens qui ne s’embarrassaient guère de principes de morale. Jérôme Cardan (1501-1576) fut l’un d’eux. Ce père du calcul des probabilités – passé maître dit-on dans l’art de tricher aux cartes – louait la duperie en politique. La dissimulation, d’après lui, « qui ne fait que déguiser la vérité, par quelques gestes, quelques actions et quelques paroles qui reçoivent plusieurs sens […], est industrieuse, on la reçoit avec honneur, on la nomme vertu

3 ». Si donc la manipulation est vertueuse, les mathématiciens proches du pouvoir n’ont fait que reprendre à leur compte la vieille notion du droit romain de bonus dolus, ou duperie utile, servant les intérêts de l’État.
Le théorème d’hypocrite. Une histoire de la manipulation par les chiffres
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